La transmission du savoir

Le magazine Télérama, dans son numéro de cette semaine (n° 3459, du 30 avril au 6 mai 2016), consacre un dossier spécial sur la transmission, dossier qui s’intitule « Savoirs, Valeurs, Langue, veut-on encore transmettre ? ».

Dans ce même dossier, une phrase du philosophe Bernard Stiegler m’a particulièrement interpellé :

« Un savoir n’est pas seulement une information, mais la transformation de celui qui sait par ce qu’il apprend. « 

Je trouve cette idée très forte, et surtout très juste. Je sais pour me l’être appliqué à moi même à plusieurs reprises, que le processus de formation (ou dans mon cas d’auto-formation) peut transformer profondément votre schéma de pensée. Je ne suis par exemple plus le même développeur qu’il y a 20 ans, ni le même développeur qu’il y a 10 ans. A chaque étape, l’étude d’un ou plusieurs langages de programmation (SQL, Ruby, PHP, Javascript, etc…) a profondément transformé ma manière de penser l’architecture des applications que j’avais à développer.

Deux processus s’entre-croisent ici, qui me passionnent vraiment : l’acquisition et la transmission du savoir.

L’acquisition du savoir est un processus de longue haleine, qui passe par des phases répétées et entremêlées d’étude théorique et de pratique. Une petite phrase attribuée aux Shadocks, vue aujourd’hui sur le portail de Google décrit assez bien une partie de ce processus d’apprentissage :

« En essayant continuellement on finit par réussir. Donc, plus ça rate, plus on a de chance que ça marche ».

Le processus d’apprentissage, c’est un peu ça, il faut essayer, se ramasser, réessayer, se ramasser encore, sans relâcher son effort, jusqu’à ce que « ça marche ». Car le cerveau est un incroyable rebelle, qui donne parfois l’impression de travailler contre l’apprenant.

En tant que formateur moi-même, notamment sur des langages informatiques (PHP, SQL, Javascript..), et occasionnellement (mais de plus en plus rarement) sur des disciplines artistiques, je sais d’expérience que certaines notions peuvent sembler évidentes à certains élèves, alors que d’autres vont être, au moins pour un temps en résistance. C’est alors au formateur de trouver les analogies, les accroches, les voies détournées qui vont permettre de dénouer les tensions, de faire sauter les blocages.

Je dois dire que chacune des formations que j’ai dispensées ces dernières années a été une expérience unique. Unique par le fait que chaque groupe d’élèves est différent, et qu’au sein de chaque groupe les apprenants ont des profils souvent très différents, avec des attentes elles aussi très différentes. C’est alors un véritable challenge que de trouver le dénominateur commun entre ces personnes, de trouver le vocabulaire et les concepts qui vont « faire mouche » et faire que chacun va « trouver son compte » et sortir satisfait de la formation. Ca marche le plus souvent, mais ce n’est jamais gagné d’avance, et c’est un bon exercice d’humilité.

Finalement, même si je ne m’en rends pas compte sur le moment, je sors chaque fois un peu transformé par ces sessions de formations. Les difficultés que je rencontre quelquefois dans la transmission de la connaissance m’obligent à chercher de nouvelles pistes, à revoir ma manière d’expliquer, à élaguer souvent, pour ne conserver que le message essentiel. Comme me l’a dit très justement un jour un développeur, en lisant un dossier technique trop détaillé  :

« trop d’information tue l’information ».

Beaucoup de formateurs, croyant le plus souvent bien faire, tombent dans le travers de vouloir donner trop d’informations. Malgré l’expérience, il m’arrive encore quelquefois de faire cette erreur. La difficulté pour le formateur, c’est de détecter à quel moment il atteint le seuil de saturation au delà duquel le cerveau des apprenants va littéralement disjoncter. Si ce seuil est atteint, les apprenants se retrouvent en stress, les cerveaux se mettent en résistance, et le formateur passe complètement à côté de ses objectifs. C’est un véritable challenge de savoir détecter ce seuil de saturation, particulièrement au sein de groupe d’élèves de niveau hétérogène.

Je réalise que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas relevé la tête du guidon pour prendre le temps d’écrire un petit article. C’est marrant, ça fait du bien 🙂 Je pense que je reviendrai plus souvent. Et si j’essayais d’écrire un article par semaine, pour changer…

Bon alors, euh… à bientôt !! 🙂

 

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